04 janvier 2010

la politique salariale en algerie

La  2010 consacre l’augmentation du SNMG

En l’absence d’une véritable politique salariale

Par : Saïd Smati
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Les smicards et les retraités voient leurs salaire et pension revalorisés. Mais cette hausse de revenus risque d’être rattrapée  par la hausse des prix.

Bien avant la tenue de la 13e tripartite, les 2 et 3 décembre dernier, la loi de finances 2010 avait consacré officiellement l’augmentation du Snmg en prévoyant une enveloppe de 230 mds de dinars pour les incidences de la révision du Salaire national minimum garanti (Snmg) et de la mise en œuvre du nouveau régime indemnitaire des fonctionnaires.
En effet, le texte portant projet de loi de finances de 2010 a été rendu public avant la tenue de cette réunion importante, alors que de coutume, les résolutions de la tripartite précèdent le plan de budget de l’année suivante. En anticipant sur la tripartite, le gouvernement n’a fait que confirmer une décision du chef de l’État annoncée le 24 février 2009 à Arzew lors de sa campagne pour la présidentielle d’avril 2009. La révision annoncée du Snmg et la mise en œuvre du nouveau régime indemnitaire des fonctionnaires atteint donc 230 mds de dinars. Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, avait souligné à l’issue de la tripartite que cette augmentation contribuera à améliorer les conditions de vie et le pouvoir d’achat pour des millions de citoyens et de travailleurs. Précisant que le volume actuel de la masse salariale versée par l’État s’établit autour de 1 314 milliards de dinars, le Premier ministre avait indiqué qu’un Snmg à 15 000 DA ce sont environ 90 MDA de plus par an, sans compter la revalorisation des pensions de retraite qui en découle. À titre indicatif, il avait expliqué que les recettes de la fiscalité ordinaire permettent de couvrir 812 MDA par an, soit environ 60% des salaires payés par l'État, sans compter les indemnités dont le montant tourne autour de 140 MDA par an.
Au-delà de tous ces chiffres qui donnent le tournis au simple smicard, cette augmentation du Snmg, qualifiée par les hauts responsables de l’État de “substantielle”, pourrait-elle réellement constituer un facteur d’amélioration des conditions de vie et du pouvoir d’achat pour les millions de citoyens et travailleurs ?
Le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), M. Abdelmadjid Sidi-Saïd, a estimé que la “tripartite est un acquis pour les travailleurs et contribuera sans doute à relever le seuil du revenu individuel et collectif de toutes les catégories sociales”. Il a même annoncé, quelques jours plus tard, des négociations sur la révision des salaires des travailleurs des entreprises économiques publiques et privées en 2010. Cependant, cette vision n’est pas partagée par les syndicats autonomes. En effet, l’augmentation du Snmg à 15 000 DA n’est pas du goût des syndicats autonomes de la Fonction publique qui affirment que cette réévaluation touche uniquement les petits salaires et ceux des cadres de l’État. Pour les représentants des travailleurs, il ne s’agit là que “de la poudre aux yeux”. Selon le coordinateur national du Snapest, à titre d’exemple, tant que les articles 87 et 87 bis seront en vigueur, les travailleurs ne pourront jamais voir un jour leur salaire couvrir leur pouvoir d’achat. “Les 15 000 DA ne répondent guère aux attentes des fonctionnaires”. Pour rappel, l'article 87 bis du code du travail promulgué en 1990 et modifié en 1997, autour duquel les organisations professionnelles mènent de grandes batailles, stipule que le Snmg englobe le salaire de base, les indemnités et primes de toute nature, à l'exception des indemnités versées au titre de remboursement de frais engagés par les travailleurs. L'annulation de cet article permet une redéfinition du Snmg et une autre vision du calcul du salaire de base, des primes et des indemnités accordées aux travailleurs. Sans la révision de cet article, la revalorisation de Snmg reste vaine et sans conséquence sur le pouvoir d'achat des citoyens, qui est à chaque fois rattrapé par le taux important d'inflation en plus de la déperdition de la valeur du dinar. L'abrogation de cet article obligera également les patrons des entreprises à appliquer les hausses décidées du Snmg. Même son de cloche du côté du personnel du secteur de la santé qui multiplie ces dernières semaines les mouvements de protestation, avec comme principale revendication, l’aboutissement des négociations relatives à leur statut particulier. Pour rappel, un certain nombre de secteurs n’ont pas encore finalisé leur statut particulier. Selon le ministre du Travail, Tayeb Louh, ils sont en cours d'examen avec la direction générale de la Fonction publique. Le patronat ne pouvant aller, sur le principe, à l’encontre d’une revalorisation qui bénéficie aux salariés en bute à la cherté de la vie, a mis à profit la tripartite pour revendiquer une véritable politique salariale. C’est ainsi que le président de la CNPA, Naït Abdelaziz, a estimé que “les entreprises privées du secteur formel se sont toujours conformées à la loi mais elles demandent en contrepartie que les contraintes auxquelles elles font face soient prises en compte par les pouvoirs publics”. “Il faut éviter que les augmentations de salaires décidées de manière isolée, sans prise en compte des problèmes des entreprises, alourdissent leurs charges et soient donc contrebalancées par des augmentations des prix”, a averti, par ailleurs, le président de la CNPA, qui a mis en garde contre “le cercle vicieux” de l’augmentation des salaires d’une part et la hausse des prix d’autre part. Slim Othmani, membre du Forum des chefs d’entreprise (FCE) et général manager de NCA Rouiba, a estimé, pour sa part, que le Snmg n’est pas à isoler d’une véritable politique salariale de l’entreprise, tout en proposant “une réforme du code du travail en concertation avec les partenaires sociaux afin de clarifier les règles du jeu entre employeurs et employés”.
L’Algérie est certes dans une situation financière confortable. Une situation qui lui permet de booster le pouvoir d’achat des citoyens à travers une dotation de 230 milliards DA pour le régime indemnitaire. Cependant, les rattrapages de gain de salaire qui se font à certaines échéances comme ce fut le cas avec la dernière tripartite, ne peuvent constituer une alternative salariale à même de rehausser le pouvoir d’achat. En effet, la revalorisation réelle et durable du pouvoir d’achat ne peut provenir que d’un surcroît de productivité et de croissance.

Posté par unpsp-snapap à 08:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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